Patrimoine - Site archéologique du Bois l'Abbé

BRIGA : l'agglomération antique de Eu

• Présentation

Nîchés au cœur de la forêt domaniale, aux confins de la Normandie et de la Picardie, les vestiges archéologiques du “Bois l’Abbé” sont implantés sur au moins 23 hectares. Le site, culminant à 131 m d’altitude, domine au nord la vallée de la Bresle et au sud-ouest, la petite vallée sèche de Saint-Pierre-en-Val.

Découvert de manière fortuite à la fin du XVIIIe siècle lors du percement de la route d’Eu à Réalcamp, le site a fait l’objet de fouilles successives dès le 1er  quart du XIXe siècle (Louis Estancelin, abbé J.-B. Cochet) et au cours de la 1ère moitié du XXe siècle.
De 1965 à 1981, Michel Mangard et son équipe établissent leurs recherches sur le théâtre et les temples, contribuant à leur compréhension et permettant de circonscrire un ensemble d’une trentaine d’hectares, dont 23 sont classés Monuments Historiques en 1987.

En 1994, la création du Service Municipal d’Archéologie de la Ville d’Eu (SMAVE) relance les recherches dans le cadre d’une étude préalable à la mise en valeur du site. Les sondages limités et les fouilles sur les petits thermes, menés de 1995 à 2000 sous la direction de Laurent Cholet, mettent en évidence un second établissement thermal, une zone d’habitats légers et peut-être une officine de potier. Ces travaux furent aussi l’occasion d’ouvrir régulièrement le site au public et de mettre en place des actions pédagogiques permettant aux plus jeunes de s’initier à l’archéologie et de prendre une part active aux recherches (“classes patrimoine” ou intervention de centres aérés sous la direction actuelle de David Socha).

La recrudescence et l’ampleur des sondages clandestins sur le “Grand Temple”, dans les années 1990, ont motivé la reprise des fouilles en 2002 sur le secteur cultuel, en partenariat avec Étienne Mantel (Service Régional de l’Archéologie de Haute-Normandie) et des bénévoles de la Fédération des Archéologues du Talou et des Régions Avoisinantes (FATRA). Dans une optique de sauvegarde des données, les deux premières années ont porté sur les zones, non fouillées jusqu’alors, d’une importante aire de dépôts votifs de la fin du Ier siècle avant notre ère au début du Ier ap. J.-C.
En 2004, les fouilles se sont poursuivies conjointement à l’est et au nord de l’espace cultuel sous la direction du SMAVE (L. Cholet et N. Fournier), et face au “Grand Temple” sous la direction d’É. Mantel. Ces recherches se sont étendues en 2005 (L. Cholet et É. Mantel).
Les découvertes effectuées ont motivé une fouille pluri-annuelle (2006-2008) sous la direction d’Étienne Mantel, visant à l’exploration des abords du “Grand Temple” et de son environnement, en vue de préciser et de compléter l’organisation de l’ensemble cultuel.
 
• Les vestiges
 
Le centre monumental ou forum
Le forum est coupé par l’actuelle route de Beaumont. On différencie le centre religieux à l’ouest, du centre administratif situé à l’est de la route.
Développé à partir d’une structure cultuelle primitive, située de manière ostentatoire sur le point le plus haut, et probablement liée à l’eau, dès la fin du Ier siècle avant notre ère, le centre religieux s’étoffe et évolue au fil des siècles. Le grand temple, dans l’axe du forum, est encadré par un réseau de galeries dont les angles sud-ouest et nord-est sont occupés par de petits sanctuaires de tradition gauloise composée de deux carrés emboîtés (fana).
Le centre administratif et public a été abordé au cours de la campagne de fouilles 2006, notamment avec la mise au jour de vestiges en élévation appartenant à au moins deux bâtiments (dont une basilique) et par la découverte d’une plaque dédicatoire fragmentée, mais complète.

Le théâtre
Situé en contrebas du forum, dans l’axe du centre monumental dont il fait partie, le théâtre (fin du Ier siècle-IIème siècle de notre ère) s’appuie sur la topographie du terrain naturel.
Les vestiges maçonnés se caractérisent par le mur extérieur (corona) en rognons de silex recevant une élévation à pans de bois et torchis. Détruit par un incendie à la fin du IIème siècle, le théâtre est agrandi au IIIème : 102 mètres de diamètre, pente à 21°, capacité d’accueil estimée à 5 000 personnes. Le mur de scène est percé de deux ouvertures et précédé de cinq colonnes, surmontées d’une architrave en bois portant une plaque inscrite. Celle-ci (11 mètres de longueur sur 43 centimètres de large), retrouvée au cours des fouilles de 1965, mentionne qu’un magistrat de la cité a dédié ce théâtre avec le devant de scène au pagus des Catuslugi et aux puissances divines des empereurs sur ses propres deniers.

Les petits thermes
Découverts en 1995 lors de sondages et fouillés jusqu’en 2000, les vestiges remarquablement conservés des petits thermes couvrent une surface de 1 500 m2.
L’établissement thermal adopte un plan tripartite comprenant les bains (vestiaire, salle froide avec piscine, salle tiède, salle chaude avec piscine et une salle de chauffe, un système de chauffage par hypocauste très bien conservé), un espace servile et une cour bordée d’une galerie. Édifiés à partir de la fin du Ier siècle de notre ère, trois états correspondant à des programmes architecturaux se sont succédés jusqu’au milieu du IIIème siècle, date à laquelle les petits thermes ravagés par un incendie sont abandonnés.

Les grands thermes
Un second établissement thermal a été observé lors des sondages réalisés au sud-ouest des petits thermes. Il est attribuable à la seconde moitié du IIème siècle de notre ère et au début du IIIème siècle.

Un petit secteur d’habitat et une voirie
Reconnu et fouillé avec des scolaires sous la direction de David Socha depuis 2002, un petit secteur, au sud du théâtre, a révélé une voirie en rognons de silex et des structures légères d’habitation sur petite semelle de fondation en craie, assise en rognons de silex montés à secs, bois et torchis et toitures en tuiles.

Un camp militaire ?
L’hypothèse d'un camp militaire est subodorée par la découverte de très nombreux objets à caractère "militaire" et monnaies de la fin du Ier siècle avant notre ère, caractéristiques de la solde attribuée aux auxiliaires romains, et provenant de l'aire de dépôt primitif du sanctuaire,ainsi que par la topographie du terrain situé au sud de cet endroit. Les récentes découvertes sur le centre monumental viennent étayer l’idée d’une origine militaire ou d’une fréquentation initiale du centre cultuel au moins en partie par des militaires. Les investigations seront orientées vers cet axe de recherches dans les années à venir.
 
• L'équipe archéologique
 
Crée en 1994 dans le cadre d’une étude préalable à la mise en valeur du site, le Service Municipal d’Archéologie a récemment développé et diversifié ses activités et s’est étoffé.
L’équipe permanente est composée de cinq personnes du SMAVE (un attaché de conservation du patrimoine titulaire, une assistante de conservation contractuelle, un agent du patrimoine titulaire, un animateur du patrimoine et un technicien qualifié contractuels) et une personne du Service Régional de l’Archéologie de Haute-Normandie missionné sur le site.

Laurent CHOLET (SMAVE) : attaché de conservation du patrimoine (dossiers administratifs et mise en valeur)
Sophie DEVILLERS (SMAVE) : recherche scientifique
Nicolas FOURNIER (SMAVE) : agent du patrimoine
Guillaume BLONDEL (SMAVE) : technicien qualifié de fouilles

Étienne MANTEL (SRA HN) : recherche scientifique, responsable des opérations de fouilles et des activités sur le site
 
Le SMAVE, opérateur d’archéologie préventive

Conjointement aux recherches sur le "Bois l’Abbé”, le SMAVE, par l’arrêté du 12 avril 2006, a reçu l’agrément en qualité d’opérateur d’archéologie préventive. Le service est habilité a effectué des sondages /diagnostics et à procéder aux fouilles préventives qui leur sont inhérentes.

Résultats de la fouille préventive du “Mont Vitot” à Eu - "L'Orée du Bois"

La zone fouillée se situe aux confins du département de la Seine-Maritime, sur la commune d'Eu (arrondissement de Dieppe, chef-lieu de canton), au lieu-dit "L'Orée du Bois" / “Au-dessus du Bois du Parc“, localisé au sud-ouest du territoire eudois. L'altitude oscille entre 80 et 83 mètres, en rebord de plateau. La fouille a été réalisée par le service municipal d'archéologie de la ville d'Eu du 4 décembre 2006 au 28 février 2007.

Le diagnostic ayant révélé des vestiges fossoyés et des structures en creux, attribuables à la fin de l'âge du Fer et au Haut-Empire, il s'agissait pour cette opération de dresser un plan de masse du site, d'essayer de préciser la fonction des installations encloses et leur organisation et d'en proposer un phasage

Un établissement agricole gaulois et gallo-romain
La ferme initiale (Etat I vers 200/150 à 60 environ av. n. è.) présente un enclos principal trapézoïdal, doublé sur sa face Nord, délimitant une cour de plus de 3 400 m2. Les annexes périphériques offrent un système d’emboîtement d’enclos quadrangulaires (Enclos I, Va, Vb, VI), dont l’état d’arasement ne permet pas de préciser les fonctions (parcage, vergers, potagers…). Le mobilier recueilli et les critères logiques d’organisation ne permettent pas d'affiner le phasage proposé. De ce fait, l'organisation spatiale à l'intérieur de l'enclos principal et l'évolution de cet établissement rural sont difficiles à appréhender. Seul un accès est matérialisé à l’est de l’enclos VI par l'interruption de fossés. Aucun aménagement d'éventuels passages dans l'environnement immédiat des fossés n'a été observé. Deux zones de concentrations de mobilier, angles Ouest et Est de l’enclos principal, permettent d'envisager la présence d'habitations dans ce secteur. A l'ouest, les structures en creux fortement arasées (dont quelques trous de poteau) apparaissent sans réelle organisation. Un autre habitat peut être envisagé au sud-ouest (Enclos VII), qui s'organiserait en dehors de l’emprise fouillée.

Deux petits ensembles funéraires à incinérations de cinq et onze tombes, à l’angle Ouest de l’enclos principal (Enclos VIII) et à l’angle Est de l’enclos VI (Enclos IX), délimités par des petits fossés, se rattachent à cette grande phase. Ils suggèrent la présence de deux groupes humains distincts. Le premier à l'ouest (Enclos VIII) peut être rattaché aux structures à l'angle Ouest de l'enclos principal. Le second (Enclos IX) peut voisiner un autre habitat, qui se développerait alors hors emprise vers le nord-est. Les pratiques funéraires se rapportent à celles de cette époque, bien attestées à l'ouest du territoire belge, à savoir incinérations avec dépôt en tas ou en contenant périssable des restes des défunts dans la fosse, accompagné d’un viatique composé de quelques céramiques et d'erratiques éléments de parure et d'outils métalliques. Les offrandes alimentaires et végétales ne sont pas conservées.

A la fin de La Tène finale et au début du règne d’Auguste (Etat II, vers 60/50 – 20/10 av. n. è.), la ferme est recentrée en un vaste enclos trapézoïdal de plus de 5 800 m2, englobant l’enclos principal de l’état précédent (Enclos II). Un accès est ménagé à l’est. Si l’enclos funéraire Est est encore en fonction, celui à l’ouest ne l’est plus. Néanmoins, le contournement de ce dernier traduit une volonté de respect de ce champ de repos, encore matérialisé dans le paysage à cette époque ou connu par tradition orale.

 
Aucun parcellaire ou chemin n’a été mis au jour dans l’environnement de ces occupations, à l’exception d’une amorce de parcellaire à l’Etat III.

De la fin du Ier siècle avant notre ère à la deuxième moitié du IIe siècle, l’occupation agricole demeure délimitée par des fossés (Enclos IV). Elle se recentre et se resserre sur les enclos principaux des deux états antérieurs, délimitant une cour trapèzoïdale de 3 300 m_ environ. Les quelques structures en creux de cette période permettent de percevoir un petit bâtiment sur six poteaux au nord de l'enclos. Les aménagements internes conservés ne présentent pas d'organisation rationnelle ; ils sont complétés par deux mares. Une amorce de réseau parcellaire a été reconnue, vers le nord.

Les vestiges mobiliers peu nombreux, attestent un niveau social peu élevé, à l'image de nombreux sites ruraux de la Seine-Maritime pour la période gauloise.
Ils se composent presqu’exclusivement de tessons de céramiques tournées ou non (337 vases) caractérisant une vaisselle à usage domestique de tradition culinaire indigène (bouillie). Le répertoire se rattache à celui bien connu du nord de la Seine-Maritime (Dubois 1997).
Le mobilier métallique est très mal conservé. Le stade de corrosion avancé des quelques éléments recueillis ne permet que rarement d’identifier les objets. On ne note pas d'élément de cuisine et seuls une serpette et un outil non déterminé témoignent d’activités domestiques. La parure, rare sur les occupations rurales classiques, apparaît ici avec un unique bracelet creux en tôle de bronze. Deux scories et une loupe suggèrent l’hypothèse d’une activité métallurgique limitée à l’époque laténienne. L’armement est évoqué par un fer de lance à douille ouverte fragmenté (st. 32 datée de la période augustéenne).
L’acidité du sol n’ayant pu préserver les restes osseux, il n’est pas possible d’avoir une idée sur les pratiques d’élevage et la consommation des viandes. Tout au plus, les quelques rares ossements conservés – dents – évoquent la présence d’ovins et de bovidés.

Á partir d'une implantation primitive étendue et diversifiée, caractérisée par plusieurs enclos, le recentrage et la simplification du plan suggèrent une transformation des activités de cet établissement dès la fin de La Tène finale (aux environs de la Conquête).
Ces modifications aboutissent à une occupation au plan “étriqué” dès la fin du Ier siècle. L'établissement disparaît à la fin du IIe siècle.

Présence d'un habitat mérovingien dans le voisinage ?
Un petit groupe de neuf sépultures est installé au début du VIIe siècle sur l'emprise de la ferme (Enclos II). Les tombes se rattachent aux pratiques funéraires de cette époque. Les offrandes mobilières témoignent d'un groupe au statut social modeste. Il est fort probable qu'en dehors de l'emprise existe un noyau d'occupation rural (hameau ?) et précaire (abandon du cimetière vers le milieu du VIIe siècle).

Perspectives
Les données récentes et publiées sur les établissements ruraux d'origine indigène sont pauvres pour ce secteur géographique jusqu’à l’embouchure de la Béthune. Á l’exception des fouilles sur le tracé autoroutier A. 29, entre Neufchâtel-en-Bray et Aumale (È. Mantel à paraître), le diagnostic réalisé sur la ZAC des Essarts à Callengeville (Beurion 2007) et Fontaine-le-Dun/Houdetot (Maret 2007).
La fouille préventive de “L’Orée du Bois“ permet de reconnaître un établissement agricole ceint de fossés, évoluant de La Tène C2-D2 au IIe siècle, à l’embouchure de la Bresle. Elle pose ainsi les premiers jalons dans ce domaine, dans une micro-région pour laquelle les seules données se cantonnaient jusqu'alors aux informations de la prospection-inventaire (Mantel 1997, 1998).
En l'état actuel des connaissances, tout essai de comparaison semble prématuré. Celui-ci repose sur l'établissement préalable d'un corpus que les prochaines fouilles préventives sur ce secteur ne manqueront pas d'alimenter.
Sophie Devillers; Guillaume Blondel; Alice Bourgois; Nicolas Fournier
Titulaire de l'opération Laurent Cholet

Besoin d’un opérateur en matière d’archéologie préventive ? Contactez le SMAVE !
 
Résultats du diagnostic réalisé "ZAC de Gros Jacques" à St-Quentin-la-Motte-la-Croix-au-Bailly

La première campagne de sondages archéologiques, réalisé  du 4 au 7 juin (tranche 1) et du 7 au 14 décembre 2007 (tranche 2), sur la phase 1 du projet d'aménagement de la “ZAC de Gros Jacques” a permis de reconnaître 102 structures, sans mobilier archéologique associé.

Seuls les fossés permettent de dégager une structuration du sol en parcelles. Les orientations observées (Ouest-Sud-Ouest/Est-Nord-Est et Nord-Ouest/Sud-Est) permettent de pressentir deux ou trois réseaux parcellaires, successifs, qui peuvent se rattacher pour partie à la villa gallo-romaine des “Trente”, orientée de la même manière et distante d'environ 500 mètres. Les angles de deux enclos (st. 2-3 ; st. 47-48), associés à la rareté des vestiges repérés au nord de ces derniers, permettent d'avancer l'hypothèse d'une cadastration qui n'irait pas au-delà de ces traces. Bien entendu, l'état fragmentaire de la documentation, issue de ces premiers sondages, ne permet pas de se projeter au-delà de ce constat. Néanmoins, en toute probabilité, les sondages des parcelles de la phase 4 apporteront, à coup sûr, des éléments de réponse et bien plus à ce dossier concernant la riche villa des “Trente”.
Sophie Devillers

Résultat de la fouille de Berneval-le-Grand “Les Basses Fosses“

La fouille préventive réalisée à l'automne 2007 au lieu-dit “Les Basses Fosses” à Berneval-le-Grand a permis de reconnaître des systèmes d'enclos fossoyés, structures en creux, appartenant à un établissement agricole de la fin de l'âge du Fer et de l'éqoque gallo-romaine. Les études du mobilier sont en cours.
Sophie Devillers; Guillaume Blondel; Nicolas Fournier; Laurent Cholet
 
 

Journal de fouilles

Résultats de la campagne pluri-annuelle de fouilles programmées 2006-2008

De nouvelles découvertes pour une réinterprétation du site du “Bois l'Abbé”

Initialement destinées à compléter les données sur l'organisation et la compréhension du sanctuaire du “Bois l'Abbé” tel qu'il était alors reconnu, les recherches archéologiques menées dans le cadre d'une fouille pluri-annuelle de 2006 à 2008 ont permis une relecture et une réinterprétation du site.

Dès 2006, la découverte d'une plaque dédicatoire mentionnant une basilique et la mise au jour de nouveaux vestiges monumentaux maçonnés ont donné un nouvel élan à la recherche et l'ont orientée vers de nouveaux axes.

L'étude publiée de ce rare document épigraphique, couplée à une prospection pédestre en forêt, a conduit à identifier le site du “Bois l'Abbé”, considéré jusqu'alors comme un “grand sanctuaire”, à une agglomération antique d'une cinquantaine d'hectares dénommée Briga.

L'extension des vestiges à l'Est du sanctuaire et l'identification d'une basilique permettent de reconsidérer le centre monumental comme un “forum”, avec une zone à vocation religieuse à l'ouest et un espace administratif à l'est (basilique, “salle du conseil”). Les deux dernières années de fouilles soulèvent la complexité du sanctuaire dans ses phases de construction monumentale, en mettant en évidence l'existence d'une série de petits temples annexes, disposés le long d'un portique, enserrant le Grand Temple.

Malgré un état d'arasement avancé dû aux multiples récupérations et les nombreuses perturbations des fouilles anciennes qui se sont succédées sur le centre monumental et ses abords, des corrélations stratigraphiques entre la basilique et le sacellum ont été mises en évidence. Une première proposition de phasage est suggérée.

La fouille de l'horizon de “terre noire” sur le secteur II a permis de mieux la définir et de reconnaître l'extension maximale de l'aire de dépôts rituels, bien au-delà  de la surface originellement cantonnée au Grand Temple (Phase 1 : 60-50 av. n. è. à 70-80 av. n. è.).

Des premiers aménagements en dur (édicules VIbis-XXIII et IXbis, péribole) sont maintenant reconnus au moins pour le dernier tiers du Ier siècle de notre ère (Phase 2).

Une première monumentalisation du sanctuaire voit le jour vers 70 ap. J.-C. (Phase 3) avec la création d'un portique (portique 1), qui reprend le tracé du péribole antérieur. Il enserre un petit temple à simple cella et un bâtiment dans l'angle Nord-Est (Petit Temple fouillé par M. Mangard).

Une restructuration importante survient vers 100 à 120 ap. J.-C. (Phase 4). Deux temples de type fanum (fana 2 et 3) sont d'abord édifiés aux angles Sud-Ouest et Nord-Ouest du portique 1, afin entre autre d'y maintenir les pratiques rituelles pendant la durée des travaux. Le Petit Temple et la section Ouest du portique sont probablement  démontés simultanément en faveur d'un nouveau temple, plus grand, à simple cella et vestibule, dont la position entraîne l'arasement du couloir Ouest du portique, qui est remplacé finalement par une nouvelle section plus en retrait (portique 2). Ce dernier relie les deux fana.

En vue d'une grande monumentalisation de l'ensemble, dans un premier temps, deux nouveaux fana (fana 1 et 5) sont édifiés à l'extérieur du portique 1 aux angles Sud-Est et Nord-Est (Phase 5) pour, là encore, conserver les pratiques rituelles, qui néanmoins paraissent évoluer (fanum en eau par exemple). Le Petit Temple à simple cella et vestibule et le portique sont alors démontés. Un Grand Temple hexastyle voit alors le jour avec une aire consacrée s'ouvrant à l'est (sacellum avec autel monumental, enceint de murs), une basilique dans son prolongement et un bâtiment carré (“salle du conseil”). Un nouveau portique est construit (portique 3) en intégrant les quatre fana entre eux et y intégrant une petite partie de la basilique. Á l'ouest, le portique comporte une exèdre centrale, qui fait face à un second bâtiment carré accolé à l'extérieur, dont la fonction n'est, dans l'état actuel, pas déterminée. Au nord, un cinquième petit temple (fanum 4) est accolé au centre du mur externe du portique 3 (Phase 6).

 
La découverte de trois nouveaux petits temples (fana 1, 4 et 5), de type fanum, associés aux deux reconnus par Michel Mangard (fana 2 et 3) donne une nouvelle ampleur au complexe cultuel qui s'organise selon un plan quasi symétrique. Les édifications de monuments vers la fin du IIe siècle ou au début du IIIe siècle (deux nouveaux temples – fana 1 et 5 – aux angles Sud-est et Nord-Est à l’extérieur du portique 1, le Grand Temple, le fanum 4 rattaché au portique 3, la basilique) reliées par le portique 3 suggèrent un “circuit”, qui intègre les cultes aux divinités locales – Mercure – et le culte officiel à l'Empereur et probablement à Jupiter pratiqué au moins dans le Grand Temple.

Conjointement à ces nouvelles données de terrain, des recherches ont été menées dans plusieurs domaines :
- Les archives municipales et départementales ont fait l'objet d'un dépouillement.
- Un levé topographique fin et le recalage de l'ensemble des vestiges exhumés (fouilles de 1965 à 2008 : centre monumental, sondages, Petits Thermes, Grands Thermes, habitat?, théâtre) a été réalisé par le cabinet de géomètre Euclyd pour l'établissement d'un plan général du site.
- La mise en forme des stratigraphies du centre monumental et de concordance entre les différentes années d'intervention (2004-2008) a été effectuée.
- L'inventaire du mobilier (en dehors des ossements animaux, des éléments de construction et des enduits peints) des espaces intégralement fouillés a été réalisé. Celui du mobilier en fer est toujours en cours (éléments à radiographier à isoler) et sera prêt pour 2009.
- Les études céramologiques et numismatiques ont commencé.

C'est tout une ville gallo-romaine qui sommeille sous la clairière du “Bois l'Abbé”, sans constructions plus récentes pour en perturber la lecture et sans menace d'aménagements futurs (site classé). Briga comporte les éléments d'une parure monumentale antique urbaine, assez bien conservés, qui n'ont guère actuellement d'équivalents dans le nord de la France. Ce site s’intègre et contribue aux débats sur l’origine des agglomérations secondaires dans les campagnes antiques de la Gaule du Nord et leurs rapports avec les chefs-lieux de cités.

Étienne MANTEL; Sophie DEVILLERS; Stéphane DUBOIS
 

Carnet de fouilles

Campagne de fouilles programmée 2010

Site  : Agglomération antique de Briga
    Site archéologique du “Bois l'Abbé”

Complexe monumental (sanctuaire et forum gallo-romains)
Milieu du Ier siècle avant J.-C. au IIIe siècle ap. J.-C.

Responsable de la fouille programmée : Étienne Mantel (Service Régional de l'Archéologie de Haute-Normandie)
 
Inscriptions :

Dates  :
du 14 juin au 20 septembre 2010
- Fouille (terrassements, fouille semi-fine et fine, relevé…
- Travaux post-fouilles (lavage…)
- Pour les plus motivés (accessibilité au recollage, au dessin…)
- Activités para-archéologiques (participation à la mise en valeur du secteur fouillé, et participation aux activités associatives de la FATRA et de son archéosite mérovingien)

Séjour : trois semaines conseillées / Deux semaines minimum
Effectif : 25 à 30 personnes
Age : 18 ans minimum
Hébergement : sous tente (prévoir son matériel de camping complet tente et couchage, gonfleur, petite pharmacie…)
Repas : Pris en charge du lundi matin au vendredi soir. Week end à la charge des bénévoles

Pièces à fournir :    
            - CV et lettre de motivation
            - Attestation d'assurance personnelle
            - Copie du carnet de vaccinations (vaccins antitétaniques)
            - Cotisation de 10 € à la FATRA

Autres :        
- Bonne condition physique
- Vêtements de fouilles et de pluie (bottes et ciré), bonnes chaussures (de préférence de sécurité)
- Véhicule conseillé (site isolé en forêt)
- Assurance personnelle obligatoire
- Vaccinations antitétaniques obligatoires

Demande à adresser à :
Étienne Mantel
Ferme forestière du Vert Ponthieu Route de Beaumont 76260 Eu
ou par mail : archeo@eu-briga.fr
 

L'ACTUALITÉ


• PUBLICATION

Mangard 2008 : MANGARD (M.) – Le sanctuaire gallo-romain de “Bois l'Abbé” Eu (Seine-Maritime), Revue du Nord, Hors Série, collection Art et Archéologie, 12, 2008, Université Charles-de-Gaulle Lille, Villeneuve d'Ascq, 2008, 275 p.

BRIGA ou l'histoire d'une bourgade antique peu à peu dévoilée en forêt d'Eu, Édition FATRA, n° 3, 2008, 70 p., à paraître.

• EXPOSITION

"D'un monde à l'autre. Gaulois et Gallo-romains en Normandie”
du 19 mai au 21 septembre 2009-03-16 Musée départemental des Antiquités de Rouen
http://www.musees-haute-normandie.fr/fiche.php3?lang=fr&id_article=14


• MANIFESTATIONS

Portes-ouvertes : le samedi 25 et dimanche 26 juillet 10h-12h00 / 14h-17h (dernière visite à 17h)

Journées Européennes du Patrimoine : le samedi 19 et dimanche 20 septembre
Entrée gratuite 10h-12h00 / 14h-17h (dernière visite à 17h)
 
• RENSEIGNEMENTS PRATIQUES :
 
Visites

Visite guidée du site et du dépôt de fouilles sur site avec actualité de la recherche
Juillet et août tous les mardis (départ de la visite à 14h) et les dimanches (départ de la visite à 15h) ; parking et billetterie sur place (prévoir bonnes chaussures de marche, chapeau, eau, crème solaire ou bottes et ciré)

Tarifs :
Chèque vacances acceptés

Visite individuelle :
    • adultes (+ de 16 ans) : 4,00 €
    • jeunes (6 à 16 ans) et étudiants sur présentation de la carte : 2,00 €
    • moins de 6 ans : gratuit

Visite groupe (10 personnes et plus)
    • adultes (+ de 16 ans) : 3,00 €
    • jeunes (6 à 16 ans) et étudiants sur présentation de la carte : 1,50 €
    • moins de 6 ans : gratuit
 
Animations pédagogiques

A l'occasion d'une visite ou d'une initiation à l'archéologie, partez à la découverte des Gallo-Romains et de la bourgade antique de Briga...

Au cœur de la forêt d'Eu, les ruines de monuments gallo-romains rappellent l'existence de la petite ville de Briga. Des campagnes de fouilles s'y déroulent chaque année, à la découverte des vestiges de cette bourgade des Ier au IIIe s. de notre ère, et de la vie qui l'animait.
Le site du "Bois l'Abbé" dispose d'un secteur de fouilles spécifiquement réservé à l'intervention des plus jeunes. Chaque année, d'avril à septembre, le service archéologique de la Ville d'Eu leur propose un programme à la carte : une visite du site et du dépôt de fouilles, mais aussi une initiation aux techniques de fouilles, aux méthodes de traitement et d'étude des objets archéologiques, ainsi que des ateliers sur le thème des savoir-faire dans l'Antiquité (poterie, mosaïque, etc.)

Ces différentes activités peuvent être pratiquées par des enfants, en famille ou en groupe, à partir de 6 ans.

• Journée ou court séjour "à la découverte de l'archéologie" (comprenant la visite du site et/ou la pratique de différents ateliers) :
Pour les groupes et sur réservation, d'avril à septembre.

Tarifs enfants (6 à 16 ans)
- 40 € par prestation et par atelier de 2h pour un groupe de 15 personnes maximum (soit 35 € de prestation et 5 € au titre des frais de structure)

Tarifs adultes (+ de 16 ans)
- 50 € par prestation et par atelier de 2h pour un groupe de 15 personnes maximum (soit 45 € de prestation et 5 € au titre des frais de structure)

Possibilité de coupler les activités avec la visite de l'archéosite mérovingien de la FATRA
Télécharger les tarifs

Gratuité pour les scolaires de la ville d'Eu (maternelles, primaires, collèges et lycées)

Contact :
Laurent Cholet
Tél. : 09 63 43 26 81
laurent.cholet@ville-eu.fr


Comment y aller ?
De Eu, prendre direction D49 Ponts-et-Marais, Blangy-sur-Bresle, Aumale, à la sortie de Eu, prendre la 1ère à droite, direction cimetière route de Beaumont, continuer en forêt (environ 4 km), la route traverse le site archéologique.
De la D.49 en venant de Blangy-sur-Bresle, Incheville, Ponts-et-Marais, à l’entrée de Eu, prendre à gauche direction cimetière, suivre la route de Beaumont.
 

LA FATRA

Le Service Municipal d'Archéologie de la Ville d'Eu a rencontré un partenaire dans la vallée de la Bresle, qui comme lui, s'attache à la promotion de l'Archéologie.
 
La Fédération des Archéologues du Talou & des Régions Avoisinantes – FATRA – est une association loi 1901, créée en 1999 lors de la dernière campagne de fouilles archéologiques du cimetière mérovingien de Longroy. Mû par l'impulsion des recherches menées sous la direction d'Etienne Mantel (Service Régional de l'Archéologie de Haute-Normandie) dans tout le nord de la Seine-Maritime, ce dynamisme archéologique fédère des bénévoles de tous âges animés par la même passion.
 
Partant des différentes approches de l'archéologie et de leur complémentarité (prospections pédestres, fouilles, dépouillement et étude du fond bibliographique ancien et moderne, inventaires des collections publiques et privées), la FATRA s'attache à communiquer les fruits de ses recherches de la façon la plus large possible (chantiers de fouilles, expositions, conférences, publications, actions pédagogiques concertées avec le milieu éducatif, animations...). Ces travaux se manifestent tout particulièrement par la reconstitution d'un petit village mérovingien à Blangy-sur-Bresle (Manoir de Fontaine), avec ses structures domestiques et artisanales (cabanes, four de potier, four de verrier, four à pain, fumoir à viandes).
 
A l'embouchure de la Bresle, la FATRA et le SMAVE insufflent un nouveau dynamisme archéologique. Les liens se sont confortés depuis la reprise des fouilles sur le complexe cultuel en 2002 et chaque été une quinzaine de fatrasiens participent intensément aux fouilles du "Bois l'Abbé" et aux travaux post-fouilles.
 
La FATRA, de concert avec le SMAVE, l'ONF et le Service Régional de l'Archéologie, a pris l'initiative de lancer la mise en valeur du théâtre gallo-romain du "Bois l'Abbé". Entre la mi-décembre 2003 et mars 2004, le travail assidu d'une poignée de bénévoles de la FATRA a permis de redonner corps à l'édifice de spectacle antique. La restitution du volume en terre et l'engazonnement permettront de créer un cadre de conservation et de mise en valeur du patrimoine à moyen terme, dirigé vers le public.
 
Fédération des Archéologues du Talou & des Régions Avoisinantes
Mlle Sophie Devillers - Présidente
Manoir de Fontaine
Rue du Manoir
76340 Blangy-sur-Bresle
Tél. : 02 35 94 44 79
 
http://www.fatra.talou.free.fr
fatra.talou@free.fr
 
Visites guidées le samedi après-midi, en juillet et en août
Visites sur rendez-vous pour les groupes et les scolaires
Les manifestations : chantier de construction du 15 au 19 juin; archéologie expérimentale les 20 et 21 juin; chantier de construction du 3 au 7 août, archéologie expérimentale et fête du verre les 8 et 9 août, journées du patrimoine les 19 et 20 septembre; fouilles sur le site cultuel du Bois l'Abbé à Eu du 22 juin au 20 septembre.